Note d'intention de la série documentaire Nos Histoires
"Chaque pierre tombale couvre une histoire universelle" Heinrich Heine A la télévision comme ailleurs, l'histoire se réduit encore souvent à l'histoire des grands hommes ou à celle des mouvements de foule. Cette série documentaire propose d'effectuer un double renversement.
En premier lieu, elle s'intéresse à la singularité de parcours d'anonymes ou de gens méconnus, parce que ce sont eux qui ont fait l'histoire, qui sont l'histoire. Cette série s'attache donc à la mémoire de gens ordinaires, à la transmission de leurs histoires, pour raconter autrement l'histoire de France au XXème siècle. Ce changement de point de vue - cette histoire vue du sol - est d'abord une manière de parler à chacun, puisque les trajectoires de vie restituées pourraient être celles de nos parents, grands-parents ou arrière-grands-parents. Mais cette série fait aussi le pari que c'est en approchant au plus près des êtres que l'on peut atteindre une histoire universelle. Plus on entrera dans le détail des vies minuscules, plus apparaîtront les grandes lignes d'une histoire partagée.
En second lieu, il s'agit de montrer que, si l'homme fait l'histoire, c'est aussi l'histoire qui fait l'homme. Cette série documentaire ne vise pas, en s'intéressant aux hommes et aux femmes ordinaires, à en faire des héros de l'histoire ou à composer de nouvelles hagiographies. Ces films consacrés à des personnes aujourd'hui décédées permettent de contourner le simple récit personnel (« ma guerre », « ma jeunesse », « mon travail »...) pour lui donner une trame universelle. Cette série documentaire a donc pour ambition de faire, à partir de la matière des histoires singulières portés par des mémoires individuelles, un récit d'Histoire, touchant à la mémoire collective. Rien ne semble a priori plus singulier que les trajectoires personnelles, les choix existentiels ou les ruptures professionnelles ou familiales. Pourtant, le contexte politique, les transformations sociales et économiques ou les grands évènements qui jalonnent une époque structurent aussi les destins individuels. Un départ d'un lieu à l'autre peut s'inscrire dans un mouvement plus général d'exode rural. Un changement de profession est un indicateur des mutations économiques. Même un choix de vie apparemment aussi intime que le mariage, le divorce, le nombre d'enfants, le fait de vivre à deux ou à trois générations sous le même toit est aussi le corollaire des métamorphoses des structures sociales et mentales.
Traitement de la série documentaire
Le traitement de la série documentaire répond à cette double injonction de se tenir au plus près des trajectoires individuelles tout en faisant œuvre d'histoire, afin d'articuler mémoire intime et mémoire collective, histoires personnelles et Histoire commune. Pour cela, chaque film entrecroisera quatre types de récits : - Les archives personnelles (albums de famille, photographies, correspondance, journaux intimes, carnets de voyage, petits films...) constituent la trace de la trajectoire individuelle. - Les témoignages des « passeurs de mémoire » (familles, amis, proches...), dont le rôle sera de transmettre, à travers des lieux, des objets, des anecdotes l'impalpable de la personne. - Les archives Pathé-Gaumont permettront, avec une voix off explicative, d'articuler le parcours de la personne choisie et son époque. - Les analyses des historiens, en plateau ou in situ quand il s'agit par exemple de décrypter un lieu ou une archive, permettent de montrer ce qu'une trajectoire parmi d'autres a d'exceptionnel ou d'emblématique.
La trajectoire de la personne choisie constitue donc à la fois la trame de fond et la structure narrative du film. Elle est aussi la matrice d'une histoire commune susceptible de montrer en quoi tous les albums de famille peuvent se ressembler en restant aussi différents. Joseph Confavreux |