Agriculteur Ephraïm Grenadou naît en 1897 à Saint-Loup, un village de 420 habitants, dans l'Eure-et-Loir. Sa mère a grandi dans ce village, son père à Meslay-le-Grenet, à 6 km de là : Ephraïm naît dans une campagne où 6 km, à pied et en sabots, sont déjà une longue distance ! Ses parents, comme la majorité des habitants du pays, travaillent à la ferme. Son père est charretier, avant de « se mettre à son compte » pour exploiter une dizaine d'hectares. Le petit Ephraïm grandit à Saint-Loup, dans la chaumière familiale. Il va à l'école du village et au catéchisme, et à douze ans, après sa première communion, il est enfant de chœur : tous les dimanches, il participe à la procession derrière la bannière bleue des garçons. Adulte, il évitera les bancs de l'Eglise, suivant ainsi le grand mouvement de déchristianisation de la France. Après l'école, il travaille à la ferme avec ses parents et lorsqu'il abandonne l'école en 1911, c'est tout naturellement qu'à 14 ans, il devient charretier pour son père. Ephraïm Grenadou a 16 ans lors de la déclaration de guerre en 1914. Il s'engage dans l'artillerie le jour de ses 18 ans, le 25 septembre 1915, et combat dans les tranchées jusqu'en 1918, notamment au Chemin des Dames. En 1919, il est enfin démobilisé et s'empresse de se marier avec Alice, une jeune fille du village. Après avoir travaillé quelques mois supplémentaires pour son père, il s'installe comme cultivateur à Saint-Loup, et commence à élever des animaux (veaux, puis cochons). Son exploitation s'agrandit vite, et Ephraïm Grenadou s'équipe avec les nouvelles machines agricoles pendant l'entre-deux-guerres. Le début des années 1930 est une période difficile pour les paysans. Qu'à cela ne tienne, Ephraïm Grenadou fait des économies sur tout, et recommence à faire son propre pain. Il participe aux réunions organisées par le Parti agraire sur la place publique à Chartres, et même à une manifestation qui se termine par l'occupation du bureau du préfet, et s'engage dans le syndicat agricole de la région. Lorsque la deuxième Guerre Mondiale éclate, Ephraïm Grenadou part d'abord avec sa famille sur les chemins de l'Exode, avant de faire marche arrière : il restera finalement à Saint-Loup avec sa famille pendant toute la durée de l'occupation allemande. Il fait un peu de marché noir, un peu de résistance aussi (Jean Moulin était préfet de l'Eure-et-Loir) et rejoint tardivement les F.F.I. en juin 1944. A la Libération, il accueille les Américains avec ses amis. Après la guerre, les trois filles d'Ephraïm Grenadou se marient, mais, malheureusement, aucun de ses gendres ne reprend son exploitation. Il travaille donc dans sa ferme avec Alice jusqu'à 70 ans passés, jusqu'à ce que son petit-fils Gérard la reprenne, après avoir fait des études d'agriculture : l'exploitation aura sauté une génération. Il déménage alors avec sa femme Alice dans une maison qu'il avait fait construire à quelques mètres de sa ferme, et continue, jusqu'à la fin de sa vie, à soigner deux vaches et à boire leur lait. |