Mercredi 22 février - Ste Isabelle

LA GUERRE D'ALGERIE
Images et représentations

au Forum des images
du 24 janvier au 2 février 2012

 La Guerre d'Algérie

De ce côté de la Méditerranée, on disait à l'époque les "événements" d'Algérie. Ce n'était pas la guerre mais une mission de pacification qu'allaient effectuer les soldats du contingent, embarquant à Marseille pour ces départements exotiques d'une Algérie française depuis 1830 et qui entendait le rester. En 1962, les accords d'Evian mettaient pourtant fin à 132 ans de présence coloniale, au terme de huit années d'une  guerre qu'il faudra ensuite plus de quarante autres pour qu'elle soit enfin reconnue comme telle. La loi du 18 octobre 1999 officialisera la "substitution, à l'expression aux opérations effectuées en Afrique du Nord, de l'expression à la guerre d'Algérie ou aux combats en Tunisie et au Maroc". Cette question de mots, et de temps pour les dire, est révélatrice d'un rapport complexe à ce passé sensible autour duquel les  mémoires s'affrontent toujours. Célébrée de l'autre côté de la mer comme révolution fondatrice, guerre d'indépendance, de libération nationale, cette guerre sans nom, sans front, ni héros, sans date consensuelle de  commémoration, a laissé dans notre pays des traces d'autant plus  profondes que le "drame algérien", comme on disait encore, est aussi un  affrontement franco-français, dont tous les acteurs, des appelés aux officiers, des pieds-noirs aux harkis, se sentent les victimes, et les  générations suivantes les héritières.  

Une impression d'absence
Aujourd'hui, le temps semble s'éloigner de l'amnésie et de la politique de l'oubli longtemps en vigueur, entre les amnisties successives et le silence de la génération du feu. Ces dernières années ont vu se briser  peu à peu silences et tabous, et se manifester de part et d'autre le besoin de témoigner, de transmettre et contribuer à l'écriture d'un  passé trop longtemps refoulé. Sur les écrans, en 1991, La Guerre sans nom  a donné un visage à ces appelés d'hier qui, pour la première fois pour  la plupart d'entre eux, prenaient la parole ; d'autres documentaires ont  suivi, ravivant ces "années algériennes" par des images et des  témoignages inédits éclairant heures sombres et pratiques inavouées. La fiction aussi a pris sa part dans ce processus ; on se souvient de  l'effet Indigènes en faveur de la révision des pensions d'anciens combattants, et des polémiques entourant la sortie de l'opus suivant du même réalisateur, mais d'autres sorties, plus discrètes, s'inscrivent  dans ce même mouvement récent de "retour" à l'écran d'une guerre dont on  a souvent déploré l'impression d'absence. À ce point de l'histoire -  car un cinquantenaire, mi-temps symbolique, revêt une importance particulière -, c'est sous cet angle que le Forum des images a souhaité aborder la guerre d'Algérie, en proposant, dix jours durant, projections  et rencontres, autour de films d'origines, d'époques et de genres divers. Pour interroger, autour des images et des représentations, la place qu'elles occupent dans la construction d'une vision collective  historique et favoriser, par-delà les passions, la confrontation des regards. 

Temps forts

Benjamin Stora, Abdelmadjid Merdaci : dialogue autour des images
Pour ouvrir le programme, un dialogue entre un historien français spécialiste de la guerre d'Algérie, Benjamin Stora, et un historien algérien, Abdelmadjid Merdaci. Ils s'interrogent ensemble sur le rôle des images dans la transmission de la mémoire et la construction des discours historiques, de part et d'autre de la Méditerranée.  

Conférences d'historiens
Pierre Vidal-Naquet s'enthousiasmait de cette génération d'historien(ne)s, qui n'avaient été ni acteurs, ni témoins de la guerre d'Algérie, et dont les travaux prolongeaient les siens. Autour de questions en rapport avec leurs domaines de recherche, Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche, Tramor Quemeneur, Yann Scioldo-Zürcher, Sébastien Denis et Gilles Manceron analysent les images et les représentations de la guerre, de ses pratiques et de ses protagonistes. En partenariat  avec l'Ina.

Rencontres avec des cinéastes
Cécile Decugis et René Vautier ont tourné pendant la guerre les rares images des réfugiés et des maquis algériens. Marceline Loridan est partie l'été 62 filmer l'Algérie année zéro de l'indépendance. Plus tard, Okacha Touita, Dominique Cabrera, Yves Boisset, Jean-Pierre Lledo, Oriane Brun Moschetti et Leila Morouche ont puisé dans leur propre histoire ou celle des générations qui les ont précédés pour revenir, par la fiction ou le documentaire, sur les lieux et les traces de ce passé sensible. Autant de parcours personnels, de points de vue et de choix de cinéma à découvrir et discuter à l'occasion des projections.

Transmission de la mémoire, écriture de l'Histoire
Cette table ronde engage une réflexion, en ce moment particulier où nous passons progressivement du temps du témoignage, du récit, de la mémoire, au temps de l'écriture de l'histoire. Avec Seloua Luste Boulbina, professeur de philosophie à Sciences Po et au Collège international de philosophie ; Yasmina Khadra, écrivain et Serge Drouot ancien combattant et conseiller d'EPHMGA (Epace Parisien Histoire Mémoire Guerre d'Algérie).  La table ronde sera animée par Emmanuel Laurentin,  producteur et animateur de "La Fabrique de l'Histoire" sur  France Culture.

Cartes blanches à l'Ina* et l'ECPAD*
Entre le reportage inaugural de "Cinq colonnes à la une" sur le sergent Charlie Robert et le képi bleu en mission de pacification filmé par le service cinématographique des armées, les archives de la télévisionfrançaise et celles de la Défense sont révélatrices de l'image officielle diffusée à l'époque des événements d'Algérie. Carte blanche est offerte aux responsables de ces collections pour en présenter et commenter une sélection sur grand écran.

Ciné-concert - carte blanche à Cinémémoire
Entre 1930 et 1970, des militaires, touristes, pieds-noirs, coopérants,  ou simples anonymes ont filmé en amateurs l'Algérie. La cinémathèque  Cinémémoire les réunit dans le cadre d'un projet global, "Mémoires  partagées", projet de partage et d'échanges autour des images d'archives  avec les anciens pays colonisés. Elle nous propose de les découvrir en  ciné-concert, accompagnées par Kamel Boukrine, oud et banjo. Le ciné-concert sera suivi d'un débat avec Claude Bossion, directeur de  Cinémémoire, et Flora Duffaud, documentaliste.

Une collection temporaire en consultation
Une sélection complémentaire de films issus du fonds Guerre d'Algérie de l'ECPAD* intègre la Salle des collections du Forum des images. À découvrir sur petit écran jusqu'à la fin de l'année 2012.
Séance découverte dimanche 22 janvier à 15h  

Les films de soldats
Pendant la guerre, des appelés du contingent ont filmé en amateur leur séjour en Algérie : les paysages exotiques et les populations indigènes, les camarades et la vie quotidienne, saisis sur le vif et parfois mis en scène. Jean-Pierre Bertin-Maghit a entrepris la collecte et l'étude de ces films, matériau précieux pour l'historien, qui apporte un éclairage intime sur la guerre d'Algérie. 

Journée d'études "Guerre d'Algérie et médias"
Destinée principalement aux historiens (étudiants et professeurs), une journée d'études sur la guerre d'Algérie et les médias propose d'aborder les outils et les méthodes liés à ce champ peu étudié. Au programme, une table ronde réunissant des chercheurs, invités à faire part de leur expérience, et les communications d'institutions d'archives publiques et privées sur l'état de leurs fonds, leurs potentialités et impossibilités.
jeudi 2 février de 9h à 18h  

Exposition de photographies
La collection "Algérie" de l'ECPAD* représente environ 120 000 clichés qui évoquent la vie des troupes et des civils, les opérations militaires et les événements politiques. Marie Chominot, historienne, a exploré ce fonds pour sa thèse "Guerre des images, guerre sans image ? Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre d'indépendance algérienne". Elle a sélectionné et commente les clichés exposés dans les espaces du Forum des images.
Visite commentée vendredi 27 janvier à 18h et samedi 28 janvier à 18h30

*Ina : Institut national de l'audiovisuel
*ECPAD : Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense 
Programme détaillé :
http://www.forumdesimages.fr/fdi/Festivals-et-evenements/La-guerre-d-Algerie-images-et-representations
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